Textes/Presse

Neume2

Nul n'entre ici s'il n'est que ce géomètre là. S'il n'est pas un soupçon géomancien ou jojo, "une heure seulement".

Qu'est-ce qu'un géomètre?

Il y a bien derrière la grande idée de planter des choux et de paisiblement quand la bise est venue "volets clos, portes fermées", éviter le scorbut qui fait les gencives violettes pendant les longues traversées sans vitamines.

Les dieux soient remerciés de s'être laissés inventer ... mais ne plébiscitons pas trop les évènements.

Y.C.

Frejus - Createurs Contemporains Varois - Salon 1980


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Yves Conte peint les rideaux d'une théâtralité qui n'est pas la vie, mais l'érotique qui fait de la mort l'ornement.
Les toiles, les bâches peintes n'auront pas de titre. Elles relèvent toutes de l'Immuable qui y est voilé...
Cet art emprunte, certes, à Matisse la rigueur et l'ensoleillement qui n'a pas de fin...
Une lumière qui est un dieu. Un fief de plus haut plaisir, sa paix. La trame d'une noce, et son chiffre, sont conviés. Chaque valeur est là comme si le plaisir se devait d'être vécu face à face comme messe.
J'ai rêvé toutes ces oeuvres comme disposées dans Le Tombeau où seule la volupté nomme la liberté de ce qui fut, et ses théologies arides qui en seraient la vie véritable...

L'or se souvient de l'argent qui se souvient du cuivre... Chez Yves Conte, à Palmyre, les couleurs se souviennent les unes des autres...
Goethe a pensé les couleurs sans tenir compte de l'Islam; de Shôwhôhardi. Le rouge se souvient du noir pour mourir dans le pourpre comme mauve, gisant vert, blanc, noir...

Le losange est tacite, or le losange est traditionnellement l'emblème de la communication entre le ciel et la terre, et leurs mystères qu'on aura qualifiés de miracles. Les passages du losange dans les toiles et les bâches d'Yves Conte confient et dédient l'image pour un non-lieu qui aura son absolu, car le losange est témoin...
Les entrelacements ne figurent pas, ils font qu'il y aura balise immuablement pour le cheminement. Mais s'il y a trame, c'est que la tapisserie est encore possible, l'âme même, le miroir vivant, l'inversion définitive, la perversion sauvée, non comme métaphore, mais comme reliquat, comme faire, s'affirmer, vif ou mort, peu importe; l'image est notre dénouement.

Certaines toiles me font penser à des partitions de musique, à leurs neumes inédits, dont les instruments auraient été égarés, comme les civilisations qui voyant leurs dieux les déserter, les exaltent toujours de quelques signes. J'y ai vu des annales, sans médire des archives de Thot, et de ses anges scribes, déplacer d'Alexandrie à Saint-Victor, cette part maudite qui n'est en rien la part du feu et qui sera notre contre-point, un cyprès peut-être, tout oiseau augural conjuré, les véritables rêves étant restés au point de véraison.

Fragments d'un texte de Christian Guez-Ricord

"Anthologie de la Création contemporaine dans le Var"


Hôtel Gaudi (2 am) sortie solo dans le Barrio Chino sans rentrer à quatre pattes pour retrouver sa Movida. Plumer l'ange messager, écrire avec l'instrument de ses chatouilles. Métisser les aventures des supports et des couleurs, du sec et de l'humide, des balles perdues et celles fichées dans le poteau après l'exécution de Mata Hari. Une perversité qui, pour n'être que banale, n'en reste pas moins une gêne quotidienne dans le côtoiement sentimental et la dévotion charnelle, alors tout d'une pièce marauder des bikinis à fleurs pour décorer une mosquée, voler le suaire de Turin pour mouler le cul de Véronique et de Miss O'Murphy. Détester "le pathos, la vésanie" ni plus ni moins que les pastorales et les pâlinodies du sexe. L'acte adéquat: "argumentum non apparentium"...

Y.C.

Annuaire de la Création Contemporaine - Editions Tetraed - Strasbourg - 1988


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Son propos, faire subir une épreuve de force à notre regard: l'oeil est charmé par la composition, la finesse des traits, la pureté des couleurs, la richesse des matières, gouaches, pastels, fusains mais aussi surpris, heurté du mariage insolite des formes et des éléments.

Des objets du commun, éléments d'un réel ordinaire, une pagaie, un face à main, des outils côtoient la bouche d'un ange, l'aile d'un papillon, le bois d'un cerf l'étoile solitaire.

Les couleurs sont déposées sur la poussière, l'or sur le plomb, la faïence sur la brique.

Autant de signes, de moyens, d'une collection particulière, celle d'un artiste qui se souvient.

Yves Conte à la mémoire de l'histoire. Il nous ramène à un âge préhistorique de la peinture, à ses premiers balbutiements, il nous conduit au cours des siècles.

La trace de la bête des chasses millénaires, la magie des ciels de Byzance, l'alchimie des ors et des plombs, la trame si chères au cubistes, la couleur rêvée de Matisse.

Yves Conte nous parle de la parenté secrète qui les unit, de l'égarement de l'artiste d'aujourd'hui qui part à la recherche de ces temps perdus. C'est la force d'une oeuvre qui ose se dire, se risquer à se perdre dans la nuit du passé.

J.M.

Journal "Le Provençal", Marseille - avril 1990


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...l'impossible est toujours ce qui advient naturellement presque
monochrome, toujours monochrone.

Peut-être faut-il un peu plus de nature (campagne, arbres vus de
dessous), une prise du haut de Serrecaï sur l'atelier et le
cabanon, petits, perdus ... dans l'"inépuisable murmure" de ce qui nous
enterra tous.

Ou, pour retrouver une pratique païenne réactualisée par la
surpopulation, de ce qui nous calcine en feignant chaque été de brûler pour
notre édification; ce catéchisme des feuilles, plus gorgées d'huiles et
d'essences que le plus monstrueux des tankers.

Et puis, les nains. Nous, nos jardins, nos traces, nos pertes et nos meurtres.

Nos comme si ...

Comme si le kilo de plomb du chasseur, fourbu et puant comme sa bête,
pesait plus lourd que le kilo de plumes qui volent.

Et le psaume répond: "Garde-moi, Ô garde-moi à l'abri tout puissant de
Ton aile!"

Car c'est ainsi qu'on s'affine, qu'on s'aiguise à ces meules:

Pris par ces collines pierreuses, rabotées mais jamais égales, il y a du grain
à moudre, de très fines poussières pour l'imagination.

Un "festin de pierres" avec plus de meules que de grains.

Fors les grains de mire. Grains qui luisent comme l'éclair d'une terreur,
sous le corps immobile encore, déjà les pattes se placent.

Cette étoile au laser sur le cabochon de jais conduit la fuite.

Stella fugitiva ... très furtive et très familière.

Car rien, jamais ne nous délivrera du mal.

Nous ne voyons pas ...

Y.C.


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Les alchimistes poursuivaient le rêve de transmuer le plomb en or. Yves Conte transfigure bâches et madriers récupérés sur un chantier. Superposant acrylique, pastel, feuilles d'or ou d'argent, il habille ces supports bruts de couleur et de lumière, de formes quotidiennes et symboliques. La bâche devient brocard oriental ou tapisserie primitive, le madrier se fait totem. Sans souci des frontières géométriques ou temporelles, l'artiste nous emmène dans une quête initiatique de l'âge d'or.

Les bois d'un cerf, l'empreinte d'une main nous projettent dans quelque grotte préhistorique, une ficelle nouée à l'orientale, les cases d'un échiquier labyrinthique font rêver d'estampes japonaises. Les motifs s'entrelacent à la manière des enluminures de Moyen Age ou des décorations aux plafonds des châteaux de la Renaissance. Ailes d'anges, plumes, poissons, épis, étoiles, fleurs stylisées, lèvres fardées d'or,... ponctuent ces pages du livre du temps. Sur cette poutre, tailladée, meutrie de clous, dans l'entrecroisement des lignes creuses, un coeur pourpre et bleu nuit côtoie les fantômes d'une fleur et d'une bouche.

Sur cette autre, un paon a perdu les yeux qui décoraient sa queue, à moins qu'un papillon exotique n'ait secoué les moirures de ses ailes. On est en pleine magie. Ce qui n'exclut pas le clin d'oeil impertinent et humoristique.

Prière de ne pas trop prendre au sérieux le sacré!

L'ART D'UN ALCHIMISTE - Espace 31, Issy-les-Moulineaux - juin 1994


... à l'abri du réchauffement planétaire des idées générales...
(on y trouve aussi, et parfois contre leur gré, ceux qui ne dédaignent pas d'être déniaisés par les fées)...

...
Yves CONTE, plasticien résolument contemporain et paradoxal s'y ressource, sans eau ni électricité.

Il y pratique un "jeu de Meccano" tout à la fois subtil et immédiat qui fait "dasein" de son pré carré:
... Un sujet... Une subjectivité... Une peinture.

AU CABANON, "un essai d'occupation" - Page22/Artmandat Barjols - mai 2007


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Yves Conte est explorateur de la chose picturale. Peut-être, au long de petits cahiers inlassablement noircis de mots et croquis où murissent les idées avant de leur donner corps et couleur.

Hanté par le sacré dont il a maintes fois pimenté ses oeœuvres par l'image et le symbole, il voue également un amour parfait à la géométrie. Le trait droit, l'angle aigu sont pour lui les nécessaires repères qui confirment l'homme dans ses certitudes. Ce concret, l'acquis que l'artiste transcrit de façon magistrale par une multitude de figures rectilignes explosant dans un tout « kaléidoscopique ».

C'est à quelques pas de son nid d'aigle, atelier de toutes les expériences, toutes les dimensions et tous les tons qu'Yves Conte présente « Les peurs naturelles », à l'office de tourisme de Saint-Julien-le-Montagnier.

Arbres Secrets

S'il ne s'agit d'une nouvelle période pour le peintre dont la première expo date de 1972, cette présentation magnifie l'arbre et son environnement, comme un élément du quotidien, comme le symbole de l'éternelle résurrection de la nature. Mais aussi au travers des forces, légendes et appréhensions qu'il génère et engendre depuis l'aube des temps. Ainsi, des personnages mystérieux émergent-ils au détour des toiles: bon samaritains ou maléfiques esprits?

L'artiste qui puise sa sève dans son environnement immédiat du haut Var s'est, par exemple, livré à un formidable travail de minutie en jouant de la lumière filtrée par les branches et feuillage des arbres. D'une base photographique résulte une explosion de couleurs et des entremêlements labryinthiques du plus bel effet.

Quand les huiles ne révèlent pas - au vu d'une vidéo de 26 minutes consacrée à l'artiste - de superbes reliefs dans une débauche d'huile compressée à travers des plaques ajourées.

P.J. Var Matin - 18 juin 2008